JEAN MARIE JOURDAIN

Jean Marie Jourdain en 1916
Jean Marie JOURDAIN (1916)
(Collection J.M Jourdain)

J.M JOURDAIN, est né à la Forêt-Fouesnant (Finistère) le 14 janvier 1896.

Début 1915, il est mobilisé et rejoint le Corps du 93ème Régiment d'Infanterie de La Roche-Sur-Yon, où il fait trois mois de classes.

Comme beaucoup de ses camarades de la classe 16, c’est à Verdun qu’il reçoit le baptême du feu. Avec son Bataillon, il combat dans de nombreux secteurs: Thiaumont, le Ravin des Vignes, le bois du Chênois, La Laufée, Damloup, le bois de Caurrières, la Côte du Poivre, le Mort-homme.

Lors de la grande offensive allemande du Chemin des Dames, il est fait prisonnier le 27 mai 1918. Les chemins de la captivité le mèneront au camp de Kassel. Il partagera durant ces mois les mêmes conditions de vie que ses camarades français, italiens et russes, à l'extraction de pierres dans une carrière allemande. Sa libération interviendra trois mois après l’armistice, en janvier 1919. Il rejoint Flessingue, port néerlandais situé sur l’Escaut, et rallie Brest par voie maritime, avec pour tout bagage un fusil Mauser de l’armée allemande.

Malheureusement, quelques temps après son retour à la vie civile, alors qu'il reprend ses activités, on lui diagnostique un début de tuberculose rénale. Au cours de l'année 1924, par un concours de circonstances favorables, il est sauvé grâce à la science du grand urologue et chirurgien français Maurice Heitz-Boyer (1876-1950). Ce "sauvetage" sera à l'origine d'une amitié indéfectible entre les deux hommes.

Jean Marie JOURDAIN disparaît en juin 1979 après une vie de pleine activité; il restera pour ceux qui l'on connu, un de nos poilus....Témoin et Acteur de la Grande Guerre.



Le 93ème REGIMENT D'INFANTERIE
DURANT LA PREMIERE GUERRE MONDIALE


- Jean Marie JOURDAIN position debout, troisième à partir de la gauche -
(Collection J.M Jourdain)



- SOMMAIRE -
  1. LES PREMIERS ENGAGEMENTS
  2. LA VICTOIRE DE LA MARNE ET LA COURSE A LA MER
  3. L'ARTOIS ET LA CHAMPAGNE
  4. VERDUN
  5. L'AISNE
  6. LES DERNIERS SOUBRESAUTS DE L'ARMÉE ALLEMANDE : LE CHEMIN DES DAMES
  7. LA VICTOIRE


-I- LES PREMIERS ENGAGEMENTS

Mobilisé le 2 août 1914, le 93ème Régiment d'Infanterie quitte sa garnison de la Roche-Sur-Yon le 6 août 1914. Le 22 août il reçoit le baptême du feu à l'attaque de Maissin dans la région de Bouillon-Paliseul en Belgique.

Voici comment le Colonel commandant le régiment résume cette journée :  « Dans l'affaire du 22 août devant Maissin le 93ème a engagé ses trois bataillons de 13 à 19 heures du soir. A 19 heures, il était maître de Maissin, complètement évacué par les Allemands, ainsi que ses abords. Rappelé par le Colonel commandant la Brigade, il a évacué Maissin et s'est reformé sur le plateau, puis a bivouaqué à la lisière Sud-est du bois de Ban.

Dans cette journée, tous les hommes et gradés du Régiment ont fait plus que leur devoir et le Colonel commandant le Régiment est heureux d'avoir à le constater. »

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-II- LA VICTOIRE DE LA MARNE ET LA COURSE A LA MER

Mais si ce premier engagement fut favorable dans le secteur du 93ème, il n'en fallut pas moins renoncer à défendre nos frontières du Nord-est. L'Allemagne violant le territoire Belge, dont elle avait cependant garanti la neutralité menaçait de déborder l'ensemble de notre dispositif.

Ce fut alors le repli général de nos forces vers la Marne et la région de Fère-Champenoise ou le 93ème fait face à nouveau, repoussant à Ecury-Le-Repos les derniers coups de boutoir d'un adversaire contraint à son retour à la retraite au moment ou il se croyait définitivement victorieux. C'est la victoire de la Marne. Le Régiment poursuit maintenant l'Allemand qui reflue ; le 12 septembre il est à Mourmelon, mais épuisé, il doit renoncer à participer à la poursuite, cette phase exaltante de la bataille.

Après quelques jours de calme, le 28 septembre nous le retrouvons à Albert. Français comme Allemands cherchent à se déborder mutuellement par le Nord-ouest : c'est la course à la mer. Le 93ème arrête l'ennemi à La Boisselle le 28 septembre, puis à Hamel et Beaumont le 28 novembre. La situation finit par se stabiliser ; la guerre de tranchée commence.

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-III- L'ARTOIS ET LA CHAMPAGNE

De décembre 1914 à juin 1915 le régiment s'établit sur les hauteurs qui dominent l'Ancre dans le secteur d'Hébuterne. Il repousse quelques entreprises ennemies, lorsque le 7 juin le régiment reçoit l'ordre d'attaquer la ferme Touvent puissamment organisée par les Allemands. Après une violente préparation, quelques minutes avant 5 heures, le 2ème Bataillon suivi du 1er s'élance. Inoubliable fut ce départ : dans une atmosphère de poussière et de fumée, les hommes foncent résolument, hardiment, les yeux fixés sur l'objectif, les mains crispées sur l'arme. Ils avancent ainsi sur quatre rangs, alignés comme à la parade. L'ennemi terré dans ses abris pendant le bombardement cherche vainement à en sortir ; nos vagues poursuivent leur marche, laissant aux troupes de soutien le soin de faire le nettoyage des tranchées et vont s'établir sur les objectifs assignés qu'elles atteignent en vingt minutes. Les prisonniers affluent.

L'ennemi qui s'attendait à l'attaque n'a pu y parer tant elle a été rapide et vigoureusement menée. Toutes les contre-attaques furent repoussées. Pendant 4 jours et 3 nuits le combat fit rage puis le calme revint. L'ennemi acceptait son échec. Le Régiment demeura dans le secteur jusqu'au 21 juillet tantôt en ligne tantôt au repos, passant à nos alliés Anglais des positions bien organisées.

Ramené vers l'arrière dans la région de Breteuil, le Régiment est ensuite dirigé par voie ferrée sur la Champagne pour préparer la grande offensive prochaine.

Elle fut déclenchée le 25 septembre sur la butte du Mesnil dans des conditions difficiles. La préparation d'artillerie ne fut pas aussi efficace que l'on pouvait l'espérer.

Le débouché de l'attaque se trouva bloqué sur des barbelés ennemis presque intacts et les quelques éléments qui avaient pu prendre pied dans les tranchées allemandes durent se replier à la tombée de la nuit.

Après une réorganisation indispensable, le Régiment reprend l'attaque le 6 octobre au prix de sacrifices énormes. En dépit des réactions violentes de l'ennemi, l'attaque se poursuit, le terrain doit être arraché mètre par mètre. Après quelques jours d'accalmie, les opérations recommencent à partir du 24 octobre avec le même rythme jusqu'au 31 octobre où tout rentre dans un silence inconnu depuis longtemps.

Le 93ème épuisé par cette lutte gigantesque qui dure depuis le 25 septembre est transporté sur la Marne où il va se réorganiser.

Le Capitaine De Lattre De Tassigny venant du 12ème Régiment de Dragons a rejoint le corps durant la première bataille de Champagne. Commandant de Compagnie il ne quittera plus le 93ème où il retrouve les hommes de son terroir. Devenu Commandant en chef, il se souviendra des jours glorieux passés dans ce régiment en prescrivant sa reconstitution en 1946.

Dans les premiers jours de décembre, le 93ème remonte en ligne dans la même région, vers Tahure. Il y restera jusqu'au 22 avril, puis après un séjour de un mois environ dans le secteur calme de Mourmelon, il quitte la Champagne le 24 mai 1916 pour la région de Verdun.

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-IV- VERDUN

Du 9 au 13 juin pendant 5 longs jours le 93ème dans le secteur de Thiaumont repousse les assauts d'un ennemi exaspéré par une résistance qu'il pensait devoir submerger, les pertes sont élevées, mais le Chef de Corps pourra dire avec une juste fierté : « La conduite des 3 Bataillons du 93ème pendant ces cinq jours, a été au-dessus de tout éloge. Pas une défaillance n'a été constatée et les actes de bravoure, de dévouement, de stoïcisme ont été innombrables.

Le 14 juin 1916 le Régiment est relevé. Il se reconstitue dans la région de Bar-Le-Duc et fin juillet reprend les lignes dans un secteur calme des Côtes de Meuse, à Watronville. En septembre cependant se préparait l'opération qui devait aboutir à la prise du Fort de Vaux. Dans la nuit du 4 au 5 novembre, le village de Damloup fut enlevé par surprise grâce à la hardiesse d'une patrouille.

Après une courte période de repos, le 30 novembre, le 93ème est de nouveau en ligne au nord de Douaumont. Le 11 janvier il tient le secteur de la Côte du Poivre. Relevé le 14 février, le Régiment gagnait Vitry-Le-François puis le camp de Mailly.

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-V- L'AISNE

Le 28 mars au matin il était embarqué en camion pour la région de Soissons.

L'ennemi venait d'effectuer le repli de ses troupes au nord de Soissons et se retirait lentement vers l'Ailette. Relevant les éléments qui avaient suivi ce repli, le 93ème reçut l'ordre de poursuivre la progression ; le 31 mars il s'empare du bois de Courson ; le 1er avril du bois de Quincy ; le 2 du village de Landricourt, mais la situation se stabilise de nouveau.

Quinze jours plus tard le Régiment prend position au Chemin des Dames dans le secteur de Troyon en vue d'une offensive fixée au 16 avril. Dès le premier jour, les premières lignes allemandes sont enlevées. Après de nouveaux travaux d'organisation, le 23 avril, le 93ème repart à l'attaque, on lutte, pas à pas, le village de Cerny est atteint le 5 mai, l'ennemi ne s'avoue pas vaincu, le 8 mai, par une manoeuvre audacieuse une forte patrouille du Régiment fait échouer une contre-attaque, la lutte se poursuit sans trêve ni repos, la fatigue des troupes est telle qu'il faut songer à la relève. Dans la nuit du 9 au 10 mai le Régiment est dirigé vers la région de Compiègne.

De juillet à septembre 1917, il tient les lignes dans la région de Saint-Quentin sur la rive gauche de la Somme.

Le 23 septembre, le 93ème est de retour au Chemin des Dames. Il tient la crête qui domine le village d'Ostel, secteur toujours en effervescence : tirs de harcèlement, coups de mains répétés, aménagement du terrain.

Le 23 octobre après une courte période de repos, le Régiment prend part à l'attaque qui nous livre le 25 toute la crête du Chemin des Dames ainsi que le versant Nord jusqu'au canal de l'Aisne et Oise. Dans la nuit du 4 au 5 novembre le 93ème est relevé tout en demeurant dans la région jusqu'au 7 janvier 1918.

C'est le 6 janvier que, après les deux citations obtenues à l'ordre de l'armée à la suite des affaires de Touvent le 7 juin 1915, et Cerny le 5 mai 1917, le port de la fourragère aux couleurs de la Croix de Guerre était accordé au Régiment par le Général Commandant en chef.

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-VI- LES DERNIERS SOUBRESAUTS DE L'ARMÉE ALLEMANDE : LE CHEMIN DES DAMES

De février à mai 1918, les Bataillons occupèrent le secteur de la Royère et reçurent les premières compagnies américaines qui devaient compléter une instruction acquise sur le terrain de manoeuvre par un séjour en ligne.

Mais depuis quelques temps divers indices laissent prévoir une attaque ennemie sur le Chemin des Dames. Celle ci se déclencha le 27 mai avec une violence inouïe. Les Allemands réussirent à s'emparer de tout le plateau dont les défenseurs succombèrent sous le nombre, se faisant tuer sur place.

Attaqué de tous côtés, le 93ème avait prouvé une fois de plus que le sentiment du devoir qui l'animait allait jusqu'au sacrifice suprême : le 27 au soir il restait au Corps 16 Officiers, 15 Sous-officiers, 142 hommes. Pendant la retraite de l'Aisne, les débris du Régiment groupés en deux Compagnies de manoeuvre tinrent encore tête à l'attaque et ne se replièrent que sur l'ordre du Commandement.

Le 1er juin les derniers survivants de ces journées épiques se mirent en marche vers la région où devaient être reconstituées les unités.

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-VII- LA VICTOIRE

Le 93ème une fois reconstitué est envoyé dans les Vosges jusqu'en août 1918. L'arrivée des renforts, en particulier des jeunes de la classe 18 permet de reconstituer les trois Bataillons.

Les coups de mains se succèdent, cadres et hommes apprennent à se connaître, les jeunes qui n'avaient pas encore vu le feu s'aguerrissent et, le 3 septembre, le Régiment, enlevé en camions est transporté dans la région de Vitry-Le-François.

Digne de ses anciens, il va prendre part à l'offensive de Champagne et se signaler à nouveau le 29 septembre à 10 heures, soutenu par les chars. Le terrain est conquis pied par pied, attaques et contre-attaques se succèdent ; ce n'est que le 4 octobre que la position ennemie sur le ruisseau de la Py, la fameuse ligne jaune est enlevée. Les Allemands sont mis en fuite, fatigues et dangers s'estompent dans l'ivresse de la poursuite qui dure jusqu'au 7 octobre.

Après une courte période de repos dans la région de Vitre-Le- François, le 93ème est de nouveau près à prendre part aux derniers combats qui vont chasser l'ennemi hors de France. La rive droite de l'Aisne fut forcée dans la nuit du 5 au 6 novembre, et le 9 novembre, l'avant garde du 1er Bataillon arrive devant Mézières.

Tous les ponts de la Meuse ont sauté, la rivière est cependant franchie au moyen d'une passerelle. Toute la nuit on travaille à établir un passage sur le canal et la journée du 10 est employée malgré l'ennemi rageur et aux abois, à préparer les voies pour une attaque de plus grande envergure.

Cette attaque n'eut pas lieu.

Le 11 novembre l'ennemi signant l'armistice, capitulait sans conditions. Le 93ème achevait ainsi cette lutte gigantesque de plus de quatre ans qui lui avait permis de rajouter trois noms de victoires à son drapeau. Bien que chèrement acquise, la victoire 1918 effaçait la défaite de 1870, nous rendait les provinces d'Alsace et de Lorraine séparées de la mère Patrie depuis plus d'un demi-siècle et redonnait à la France un prestige incomparable.

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- Guetteurs à l'Allée Noire en 1917 (Champagne) -
(Collection J.M Jourdain)


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